Edito du 3 mars



« Détruisez ce sanctuaire… »

Après le désert des tentations le premier dimanche de carême, la montagne de la Transfiguration le deuxième dimanche, nous voici déjà arrivés ce dimanche au Temple de Jérusalem. C’est là que tout va se jouer : les controverses avec les pharisiens et bien-sûr le motif de condamnation de Jésus « Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” » (Mc 14,58).

Évoquer la destruction du Temple pour un Juif, c’est se remémorer la page la plus noire de l’histoire du peuple d’Israël. C’était en 586 avant Jésus-Christ. Le roi Nabuchodonosor avait envahi le Royaume de Juda et avait fait déporter une partie de la population, le fameux « exil à Babylone » : « Au bord des fleuves de Babylone, là nous étions assis et nous pleurions en nous souvenant de Sion. » (Ps 136,1). Le prophète Jérémie s’était alors lancé dans une grande plainte, le livre des Lamentations « Elle (Sion) pleure, elle pleure dans la nuit, les larmes couvrent ses joues : personne pour la consoler parmi ceux qui l’aimaient » (Lm 1,2) et autres jérémiades (eh oui, c’est l’origine de l’expression).

En affirmant « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai », en avançant vers sa Passion, Jésus assume les plus grandes plaintes de son peuple, les plus grandes incompréhensions de nos vies, les plus grands cris de notre humanité. « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence » (Paul Claudel).

Père Patrick Monnier+